Esclavagisme, prix et indécence de l’UE

Je vous copie ci-dessous un courriel que j’ai envoyé au groupe qui, à St Bauzille, est fort sensible à la transition agro-écologique et qui a participé à l’organisation de la Fête du Possible en fin 2019.

Bonjour à tous,. Ceci n’est pas directement un sujet de transition agro-écologique … encore que …

On a vu en mars, avril et mai, des “reportages” sur la main d’œuvre dans l’agriculture. L’Allemagne qui ouvre ses frontières fermées pour tous à X milliers de Roumains et Roumaines pour la cueillette des asperges et de tout ce qui demande de la main d’œuvre. Il n’y avait plus de critère sanitaire, plus de Covid, il fallait trouver de la main d’œuvre (pas chère).

En 2017, j’avais partagé cet article https://www.agrimaroc.ma/saisonnieres-marocaines-espagne/. Voici un extrait :
La crise économique étant terminée, les travailleurs espagnols n’aspirent plus aux petits métiers difficiles comme le sont les métiers de saisonniers agricoles. Les agriculteurs espagnols ont donc proposé aux gouvernements du Maroc et d’Espagne un contrat pour 16 000 travailleuses marocaines. […]

– remarque : métiers difficiles (la terre est basse) …. des travailleuses uniquement

L’Agence Nationale de la Promotion de l’Emploi et des Compétences (ANAPEC), sélectionnera en priorité des femmes expérimentées de 30 à 40 ans, mariées avec enfants. Ces critères visent à donner la priorité à des familles dans le besoin mais aussi à assurer le retour des saisonnières au Maroc une fois leur contrat terminé.

– traduction : il faut éviter que ces personnes restent en Europe. Donc des femmes avec enfants, séparées de leurs familles, ça devrait le faire.


Suite aux nombreuses accusations « d’esclavage » qui ont été portées, les salaires ont été revus à la hausse cette année. […] Le salaire, qui était établi à 50 Dh/jour ou 5900 Dh/mois au maximum, sera désormais de 410 Dh/jour. De plus, les saisonnières seront assurées pour les risques d’accidents du travail et logées plus décemment,

– On notera que le salaire était de 50 Dirham soit 5 € par jour … et que le logement était indécent.

Hier, je lisais https://reporterre.net/En-Andalousie-le-calvaire-des-ramasseuses-de-fraises-marocaines  : Camps de fortune, absence d’eau potable, salaires de misère… En Andalousie, des milliers de Marocaines sont exploitées dans les champs de fraises. Des collectifs se battent pour leurs droits ainsi que pour ceux des travailleurs migrants africains qui subissent le même sort.

La question n’est donc pas encore réglée …et je doute franchement qu’elle le soit un jour. Qui pourrait s’en occuper ? La Commission Européenne qui autorise ça ?

On a donc une Europe, qui, grâce aux travailleurs détachés et à une forme moderne d’esclavage, nous permet de trouver des fraises et des asperges, plus généralement des fruits et des légumes, à prix défiant toute concurrence. Merci l’Europe, merci l’organisation du commerce international, merci aux centrales d’achat des grandes surfaces. ( J’ai déjà écrit sur les centrales d’achats : lire le bas de l’article  http://cafedupuech.com/2020/01/24/1000-cafes/ )

Quel est le prix d’une barquette de fraises ? Il suffit d’ouvrir le prospectus commercial d’une grande surface, les “meilleures” sont à 4€ TTC / 1/2 kilo, marge du commerçant (30% sur les fruits ?), TVA 5.5 %, cout du transport frigo, cout de l’emballage, cout de la récolte et cout des pesticides, engrais, plastiques de serre, eau … et l’agriculteur industriel fait encore du profit. Forcément, il doit rogner sur tous les couts …

Quel est le prix d’un œuf industriel ? (industriel … comme si c’était pas sorti d’un cul de poule …) L’œuf bio industriel est à 1€59 les 6 au détail, marge du commerçant ,TVA, transport, emballage, … elle a mangé quoi la poule ?

Les prix sont tirés vers le bas, sans aucun scrupule, et les prix bas font la référence sur les marchés. Et grâce à ça, on entend assez souvent que les produits agricoles sont chers … c’est que nous avons tous des références faussées par les distorsions commerciales, par les aspects pas reluisants et bien cachés  … et on ne sait pas que la part du “panier” alimentaire a baissé dans les budgets des familles. (voir INSEE)

Est-ce que le label BIO permet d’éviter ça ?  Même pas. Les fraises d’Espagne, récoltées par des esclaves marocaines peuvent avoir le label BIO. Il n’y pas de critère éthique dans le label BIO.

Il n’y a pas non plus de limite à l’industrialisation. Récolte des radis : https://www.youtube.com/watch?v=NL_XCINDHRs  radis qui peuvent être labellisés bio, pourquoi pas …

Et il n’y a pas de critère “pétrole consommé pour arriver au consommateur”, donc les produits peuvent venir de loin en avion, par exemple.

Dans le système de la grande distribution, il n’y a pas de place pour les petits producteurs locaux. S’il y a de la pub qui dit le contraire, c’est de la pub, rien d’autre. Le système n’est pas conçu pour permettre ça. Je reçois des demandes de la chambre d’agriculture pour des quantités … exemple : un distributeur cherche des tomates bio en palettes, X palettes par semaine, en cagettes aux normes, fruits calibrés, …. centralisation puis distribution …  

Une critique du modèle des petits producteurs locaux, https://revue-sesame-inrae.fr/microfermes-on-perd-une-energie-folle/ permet de se rendre compte que la solution de petits producteurs locaux a aussi ses contraintes et qu’une transition, une organisation est nécessaire.

Tout ça pour dire que ma réflexion continue sur la production locale et sur la distribution locale. Et que si réfléchir à ça intéresse un petit groupe ….

Luc

Pour le dessert, je vous copie ci-dessous un article sur les savoureuses pastèques espagnoles … vous en aviez entendu parler ?

L’Allemagne rejette des pastèques d’Espagne pour excès de pesticides

Redaction AgriMaroc.ma 12/06/2020
Les pastèques espagnoles contenaient des traces de l’insecticide Oxamyl.
Les autorités de la République fédérale d’Allemagne, par le biais du système d’alerte rapide pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux (RASFF), ont émis une alerte pour la présence de résidus de pesticides dans les pastèques importées d’Espagne.
Les pastèques espagnoles contenaient des traces de l’insecticide Oxamyl, un fait évalué avec un niveau de risque sérieux par le RASFF. L’Oxamyl était présent dans les pastèques à 0,12 milligramme/kilo alors que sa limite maximale de résidus (LMR) est de 0,01 milligramme pour chaque kilo.
Lire aussi  : La pastèque marocaine est dans le top 7 à l’export et figure parmi les plus chères au monde
Les pastèques étaient destinées aux rayons des supermarchés en Allemagne, le pesticide a, en effet, été détecté après les analyses effectuées dans le cadre d’un contrôle effectué par la société importatrice elle-même, raison pour laquelle les autorités ont donné l’alerte sur leur consommation. Le RASFF a publié l’alerte le 11 mai.

Ultime commentaire : contrôle effectué par la société importatrice elle-même, moi qui croyait qu’il y avait un agence de la sécurité alimentaire, un contrôle par une administration, …. ben non, faut faire confiance à un importateur privé….. si tous sont scrupuleux, honnêtes, ….

Et donc maintenant, les pastèque sont jetées en mer ? Transformées en compost ? Revendues sur un marché moins regardant ?

2 réponses sur “Esclavagisme, prix et indécence de l’UE”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *